Accepter la maladie chronique ?

Vivre avec des douleurs et une fatigue chronique, cela ne va pas de soi.

D’abord, la douleur ressentie rappelle la petite fille en moi (« allô maman bobo ») et demande une consolation, ce qui n’est pas évident quand on est adulte. Acuité de la solitude devant la douleur , de jour comme de nuit. J’apprends à être ma propre mère. Question lancinante : pourquoi ai-je mal ici ou là ? Culpabilité de ne pas faire « ce qu’il faut » pour guérir…

En même temps, fatigue extrême : impossibilité de continuer sa vie comme avant, de prendre des responsabilités, nostalgies de l’épanouissement profond vécu auparavant dans le passé , souffrance de ne plus pouvoir « me donner »dans des projets qui faisaient  ma raison de vivre : mon ego en prend un sacré coup. Projections dans le futur, anxiété de se sentir devenir vulnérable, refus d’une certaine dépendance, révolte ou tristesse de ne plus pouvoir réaliser mes désirs.

Pour finir et fermer le cercle vicieux : découragement, impression de ne plus avancer, frustrations en tout genre de ne pouvoir plus faire face comme avant. Je me cogne  à la fenêtre fermée comme l’abeille qui veut sortir mais ne voit pas que la fenêtre d’à côté est ouverte pour elle. Ma vitre, c’est l’image idéale que j’ai de moi-même, c’est ma volonté de vouloir faire ce que je ne peux plus faire. C’est la partie de moi qui n’accepte pas ma réalité propre, et qui se croit dévaluée, plus bonne à rien, victime de la vie et des autres. Conclusion : tension corporelle, douleurs et fatigue augmentées, et je reviens au point de départ…

Dans quelle attitude se mettre pour créer un cercle vertueux ? Car il n’y a pas de recette miracle, mais un changement de paradigme, un « retournement » à faire dans une acceptation active :

« Accepter » la maladie peut être compris comme « se résigner »:  quelqu’un m’a dit un jour : « Tu es addict à la douleur »…(signe tangible de méconnaissance et du jugement par le « Tu » qui « tue »).  Mais l’acceptation active en est le contraire. Active, car je me prends en charge, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour me soulager, avancer sur ma route. Malgré tout j’ai appris que je ne suis pas maître du résultat de ce que j’entreprends ; que mon attente de guérison renforce ma déception et me fait du mal. Je peux souhaiter que les choses deviennent meilleures mais a chaque instant je dois accepter les choses comme elles sont.

Accepter ne se fait pas une fois pour toute, et si l’intellect croit y être arrivé, c’est chaque jour, chaque minute qui se présente qui peut le prouver, ou non, dans les faits. Vivre le présent du présent est un réel apprentissage, pour moi qui ai toujours mis la barre « très haute »;  de plus je suis d’un naturel romantique et mélancolique. En effet, j’ai du mal à quitter le passé, je veux le retenir, mais peut-on retenir le temps ? Peut-on retenir le sable ou l’eau qui coule au creux de nos mains ? « Les sanglots longs/ des violons /de l’automne/ blessent mon cœur /d’une langueur/ monotone /. …. Je me souviens/ des jours anciens/ et je pleure. » (Chanson d’automne, Verlaine)*

Mon passé « glorieux », « joyeux, », je peux m’en réjouir et le goûter encore, rendre grâce.

Quant au passé plus difficile, qui remonte parfois  malgré moi, l’apprentissage est de prendre conscience que si tel ou tel moment revient à ma mémoire, c’est pour que je l’accueille afin qu’il ne reste pas à la surface comme source de regret, d’angoisse ou de douleur, mais pour que je le lise et l’interprète positivement , et qu’en conséquence il s’intègre à mon être profond et qu’il devienne source de lumière.

Lumière et ombres m’ont construite,  ce que j’ai vécu m’a « faite » telle que je suis aujourd’hui ;  mon passé est en moi , je ne l’ai pas perdu.

En résumé, : le « retournement »,  le « cercle vertueux » c’est, pour moi :

*Être sans attente, vivre le présent en gérant la fatigue, en soulageant le mieux possible les douleurs quand elles  arrivent ; choisir ce que je peux faire et le vivre en pleine conscience, profondément. Goûter tout ce que je peux être, faire et vivre, dans la relation aux autres et dans ma vie spirituelle. Chaque matin, je me dis « j’accepte entièrement cette journée et la nuit qui viendra « . Accepter ma situation m’ apporte  « la capacité de trouver une réponse créative à la situation telle qu’elle est aujourd’hui » (Dr Deepak Chopra , les sept lois spirituelles du succès, ed j’ai lu)

*Se détourner de toute comparaison dans le temps (c’était mieux avant !) ou vis-à-vis des autres ( les gens de mon âge sont en meilleur santé ). Comparaison = généralités inadéquates. Comparaison = poison !

*Quitter l’impossible, pour me recentrer  sur les  grands cadeaux de la Vie ; ayant  ainsi vidé ma coupe, être pleinement  disponible pour qu’elle se remplisse  des nouvelles aventures du reste du voyage.

Ce contre quoi on  résiste persiste ; lâcher ouvre les portes du Renouveau.

*Clin d’œil : « Ne regardez jamais en arrière. Si  Cendrillon avait récupéré sa chaussure elle ne serait pas devenue princesse  »  :-))

 

 

 

 

 

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