« Sauvés », ou « réveillés parce qu’attendus  » ?

« Sauvés », ou réveillés parce qu’attendus ?

Commençons par le sens que la religion chrétienne donnait (et donne ?) de ce mot : « sauver » : Que m’a-t-on appris au catéchisme il y a plus de 60 ans ? On m’a appris que Jésus a souffert dans sa passion à cause de nos péchés, qu’il est mort sur la croix et ressuscité pour nous « sauver », nous « racheter » du « péché originel ». J’ai ainsi été élevée dans la culpabilité totale.

A la lumière de cette semaine Sainte,  j’essaye de réfléchir d’une autre façon :

Les pharisiens et le Grand Prêtre : ils ont peur de perdre leur influence d’autant plus que Jésus remet en cause la loi religieuse dont ils sont garants. Pour eux, Jésus est un juif dangereux, anarchiste, blasphémateur. Ils forcent Pilate à condamner Jésus.

Jésus : il s’identifie complètement à Dieu puisqu’il dit être son Fils. Il n’arrête pas de faire connaître son Père comme étant une personne d’Amour total, inconditionnel, la vraie nourriture d’Amour pour nous, qui nous permet d’avancer dans notre humanité.  Il donne le sens des textes sacrés, montre par sa vie même que vivre de ce message, c’est être « bien-heureux », c’est avoir la « Vie éternelle », c’est-à-dire la vie de Dieu déjà, dans nos vies. Sa position entraîne des divisions chez les gens qui l’écoutent. Et plus il avance dans son message, plus il se confronte aux pharisiens.

Jésus ne saurait renier l’expérience d’Amour qu’il a avec son Père, ni ce même Amour qu’il ressent pour tout être humain, en particulier des plus faibles, des malades qu’il guérit, les « non conformes », les étrangers. Qui ensuite aurait voulu annoncer la « Bonne Nouvelle » de Dieu fait homme, alors que celui qui l’a annoncée s’est récusé ? Jésus va donc jusqu’au bout. Il accepte d’être condamné. Il va donner sa vie pour que nous croyions en lui, en son Père, à son message, et qu’on en vive.

La Croix : à cette époque, il se trouve qu’on ne fusille pas, qu’on ne guillotine pas, mais qu’on crucifie les condamnés à mort. Jésus n’est pas le premier ni le seul, c’est la coutume des Romains. Au mont des Oliviers il a peur, très peur. Il exprime son angoisse et sa révolte devant le mystère du mal.

Il s’adresse à son Père : « que cette coupe passe loin de moi, mais non comme je veux, mais comme Tu veux ». Son Père est -il sadique, comme certains le disent, car Il veut la mort de son fils dans d’atroces souffrances ?

Que répondre à cela ? C’est oublier que, dans les Evangiles, le message du Christ à propos de son Père est tout l’inverse, on l’a vu. Mourir en croix est la conséquence de son engagement, Jésus le sait. Le « comme tu veux » est signe d’une immense confiance,  dans sa nuit sans rien comprendre, conscient que ce sont les hommes et non son Père qui le crucifient. Il faut en passer par là, Pâques veut dire « passage ».

Car le Père est têtu dans son Amour : Puisque les hommes n’ont pas cru au message du Fils, il fait tout pour être reconnu par les hommes et que ceux-ci y adhèrent :  Il va contrer la mort, et ceci non pas en « sauvant » son fils de la mort humaine, mais en montrant qu’elle est transformée en une autre Vie, la Vie de l’Amour Infini : Le Christ ressuscité …

Nous :  Resuscitare, du latin : « réveiller » : Symboliquement, nous avons, nous, à « mourir » à certaines parties de nous-mêmes pour re-naître autrement, réveiller notre être divin profond débarrassé de nos croyances qui nous enchaînent. Quittons la culpabilité, disons plutôt merci au Christ, entrons dans sa louange, dans la reconnaissance : il nous a fait connaître « un autre Dieu»*qui demande à vivre en nous. Lui et son Père désirent ardemment nous rencontrer chez nous, dans notre maison du cœur, aimant et pardonnant.

Être sauvé pour moi, c’est prendre conscience que ce Dieu nous attend, qu’Il nous appelle à reconnaître nos ombres, à changer notre trajectoire. Il nous propose d’être touché par son Amour et de vivre concrètement avec Lui au fil des jours. Re – susciter notre partie divine : c’est cela notre « retournement », notre « Vie Éternelle », notre Résurrection, qui arrive non seulement une fois, mais à chaque instant de notre vie, si nous le voulons, et avec son aide !

Bon Réveil Pascal !

* »L’autre Dieu la plainte, la menace et la grâce« , Marion Muller-Colard, éd. Albin Michel

 

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